Lorsqu’on songe aux trois grands cycles de lieder de Schubert (La Belle Meunière, Le Voyage d’hiver, Le Chant du cygne), c’est une voix d’homme qui vient à l’esprit. Avec son enregistrement du Voyage d’hiver et maintenant avec cette version du Chant du cygne, la contralto Nathalie Stutzmann, accompagnée de la pianiste Inger Södergren, vient bouleverser cette vision des choses avec sa voix douce, vivante et mouvante, douée d’inflexions à faire pâlir certains mâles. Les surprises que réservent tant son ambitus que son habilité d’expression et de diction sont saisissantes. Du chuchotement aux mélodies mélancoliques, en passant par les volutes insolites du phrasé, elle s’élance avec aisance et bonheur vers ces monuments dont la diversité de ton n’est pas la moindre des qualités. Ses éclats se ternissent de temps à autre d’un vibrato au lyrisme déplacé, bien heureusement modéré aussitôt par la légèreté de la résolution. Inger Södergren, quant à elle, achève de nous convaincre en se plaçant d’emblée dans une lignée prestigieuse d’accompagnateurs de talent. Son piano reprend sa place naturelle aux côtés de la voix, à la fois écrin au bijou du chant et protagoniste essentiel. Il faut entendre son admirable accompagnement de La Ville D 957 n°11 ou de la nostalgie du Printemps D 957 n°3. Elle reste très présente sans jamais s’alourdir et insuffle un formidable élan de vie au sein du duo.
Le Monde de la Musique |