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Éditorial
Le dernier des Mohicans

Tu aimais passionnément l’humour, même décapant, en l’accompagnant d’un rire « franc et massif ». Tu savais aussi ne pas te prendre au sérieux, et savourer plus que discrètement les défis que tu as provoqué tout le long de ta vie.

C’était un défi, voici plus d’un demi-siècle, de s’installer dans la garrigue de Haute-Provence
Un défi de nous faire découvrir les orgues d’Europe dans des Livres-disque incroyablement documentés.
Un défi d’enregistrer du baroque en précurseur et d’imposer Alfred Deller qui sommeillait jusque-là chez les grands éditeurs.
Un défi de lancer le tout premier une collection économique exclusivement composée de titres « de derrière les fagots » en lieu et place des œuvres les plus célèbres.
Un défi de te distribuer toi-même après t’être fait distribuer quelques années, puis remercier sans ménagement par une puissante multinationale.
Un défi de construire un réseau de représentants, de devenir distributeur, de créer des filiales, de créer des boutiques au nez et à la barbe des grandes enseignes spécialisées, qui risquaient de te boycotter.

Tout cela, avec « une force tranquille », une équipe de passionnés prêts à relever tous les challenges, car tu as toujours eu le talent d’ANIMER tes collaborateurs, de les convaincre, avec l’atout considérable d’une production du plus haut niveau international.
Qui connaît un autre grand patron qui, chaque matin, fasse le tour de tous les bureaux, à tous les étages, avec une question, une demande, une confirmation à chacun ?
Et, aujourd’hui, il est piquant de constater que le grand éditeur international au chien mélomane ( !) n’a plus qu’un seul représentant pour toute la France alors qu’harmonia mundi en a neuf. Une nouvelle fois, le capitaine prouve sa vision à long terme, nonobstant les tempêtes et les chambardements.
C’est la foi qui soulève les montagnes.
Mais, au lieu de pratiquer l’autosatisfaction, Bernard, une nouvelle fois, dans un tel cas, tu éclates d’un rire digne d’un collégien qui savoure la blague qu’il vient de commettre, antidote à toutes les vanités.

Et tu me permettras, fort d’une amitié forgée depuis près d’un demi-siècle, moi, le plus jeune disquaire de France d’alors, venu découvrir ce tout petit éditeur perdu en Haute Provence, de t’adresser en exergue cette phrase de Saint-Paul :
« Oubliant le chemin parcouru,  je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être »

Jacques Le Calvé

 
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